Contribution de Lauragais Nature au débat sur le Grand Contournement de Toulouse
Ces vingt dernières années, l'agglomération toulousaine a pris un retard
considérable en matière de transports collectifs, par rapport aux grandes villes
européennes: 62 % des déplacements s'y font en automobile , à comparer aux
30 % des villes européennes les plus modernes. Les Toulousains payent le
prix d'une vision à court terme qui n'a pas su anticiper son développement et investir dans des infrastructures à la hauteur des besoins.
Même s'il cherche à résoudre un problème réel, le projet de contournement ne sert qu’à masquer ces erreurs en appliquant de mauvaises solutions qui consistent à déplacer les nuisances en périphérie
. Présenté comme la panacée à la congestion croissante du périphérique toulousain, le grand contournement autoroutier est un remède aussi illusoire que coûteux .
« Grand contournement » ou « deuxième rocade »
Une « deuxième rocade » devrait faire le tour de Toulouse pour desservir les différentes zones de l’agglomération . Un « Grand Contournement » vise à détourner du périphérique toulousain le
trafic de transit .
Si 350000 véhicules empruntent chaque jour le périphérique, la moitié d’entre eux appartient aux habitants de Toulouse et 70% ne quittent pas l’agglomération . Le transit ne représente que 5% du
trafic de la Rocade ;
Un contournement autoroutier n’améliorerait donc en rien la circulation sur l’actuel périphérique .
Les différentes propositions de tracés démontrent à l’évidence les contradictions du projet .
Pour véritablement désengorger la rocade , le tracé devrait se situer à moins de 10km mais est alors impossible à réaliser (zone urbaine) . Au delà, l’efficacité du contournement finit rapidement
par se dissoudre .
Enfin une telle autoroute à péage vise à faire supporter par les usagers les frais de l’absence d’une véritable politique de transports dans l’agglomération toulousaine .
Il est, par conséquent, tout à fait faux de penser régler les problèmes de transport de l’agglomération toulousaine par cette construction.
Un modèle de développement insoutenable
Les travaux publiés par tous les scientifiques sur l'évolution du climat sont accablants : la responsabilité des gaz à effet de serre sur le réchauffement climatique est indéniable. A l’heure du «
Grenelle de l’environnement », qui a décidé d’un moratoire sur la construction d’autoroutes, à l’heure de la limitation de vitesse sur les grandes voies routières la mise en chantier d'une
autoroute supplémentaire serait une solution du passé et une très forte incitation au transport routier.
De la même façon, cela aggraverait notre dépendance à l'égard du pétrole alors que les ressources sont appelées à diminuer fortement dans les décennies à venir. Le coût des carburants pourrait être
bientôt prohibitif pour le transport routier comme pour les particuliers. Rappelons que les études de rentabilité pour le Grand Contournement se basent sur un prix du baril entre 35 et 100 dollars
et que nous sommes déjà à ce jour à 99 dollars ;
Si l'on veut protéger les ménages du choc pétrolier, il faut privilégier l'investissement dans les transports en commun. L'opinion publique en a pris conscience et demande à ses responsables de
réorienter les politiques publiques, vers d’autres options de transport (fret ferroviaire, ferroutage, voies navigables, etc.)
Un projet destructeur pour les politiques d’organisation du territoire
Les collectivités locales s'appliquent depuis plusieurs années à mettre en place des modes d'organisation privilégiant un redéploiement des activités sur la région toulousaine, de manière à lutter
contre l'étalement urbain et à rapprocher les zones de résidence, de travail, et de loisirs. Le grand contournement, en installant une voie rapide dans des territoires semi-ruraux, mettrait à mal
leurs efforts, qui tendent à privilégier réduire les déplacements de la vie quotidienne.
Le Lauragais en ligne de mire
Les réunions de débat qui ont eu lieu à Puylaurens , Castres , Villefranche, montrent à l’évidence que le trajet Est, a, pour plusieurs raisons, les faveurs de la Direction de l’Equipement :
La volonté d’un grand industriel de la pharmacie de Castres de disposer d’une autoroute entre son fief et Toulouse est si manifeste que les perspectives d’aménagement de la RN 126 , pourtant moins
coûteuses, et porteuses d’une véritable politique d’aménagement du territoire sont superbement ignorées . En outre le discours de la majorité des élus du Sud Tarnais présente l’autoroute
Toulouse-Castres comme « la » bouée de sauvetage du développement de cette région . Or les experts ont montré qu’une autoroute ne crée pas d’emplois mais les déplace (des zones périphériques vers
les échangeurs, des zones à faible dynamisme vers les pôles d’activité).
En réalité, ce projet déjà ancien a évolué d’un projet de 2x2 voies aménagées à celui d’autoroute à péage par désengagement financier des pouvoirs publics .
Les études déjà faites pour le projet enterré de « Translauragaise » sont de nouveau sur la table . En effet, la liaison entre le projet autoroutier Toulouse-Castres et le nœud existant de
Montgaillard-Villefranche constituerait le tronçon manquant, d’autant que l’autoroute jusqu’à Foix est déjà réalisée .
Nous savons, nous, habitants du Lauragais, la signification de cette autoroute : destruction de terres agricoles, spéculation foncière, augmentation démographique, déstructuration de notre habitat
, en un mot, disparition de notre environnement si chèrement préservé ,.
Opposés il y a 10 ans à la Translauragaise, nous n’acceptons pas de la voir ressurgir à travers le grand Contournement de Toulouse .
D’autres solutions existent
La part trop importante de la voiture dans les déplacements est source de nombreux problèmes (pollution, longueur des temps de déplacement, insécurité routière, santé, coût) . il faut donc inverser
la tendance et penser « générations futures » .
Nous proposons un changement de conception de l’urbanisme : aménagement de plateaux piétonniers, réseau de tramway, maillage de l’agglomération par des bus, service de bus express circulaires sur
les voies rapides, cadencement accéléré ferroviaire, dessertes métro-train-tram , voies cyclables protégées, etc. …) .
Ces mesures s’adressent aux déplacement urbains mais aussi aux déplacement interurbains .
Quelques réalisations simples permettraient très aisément de décongestionner la rocade ( doublement des lignes de l’étoile ferroviaire, desserte ferroviaire de l ‘aéroport de Blagnac, réduction de
la vitesse, extension des transports à la demande, les fameux TAD) .
La réponse se situe dans une densification des moyens collectifs et non dans un "Grand Contournement autoroutier".